Veto de la commission européenne au projet de fusion Alstom-Siemens : pourquoi l’avenir de notre industrie doit-il systématiquement passer par son rachat par des concurrents ?

Olivier Marleix, ancien Président de la commission d’enquête Alstom réagit à l’annonce ce mercredi 6 février du refus de la fusion par la commission européenne.

« Le Gouvernement a probablement raison de s’interroger sur la pertinence de la doctrine de la commission européenne en matière de concurrence et notamment sur le périmètre de marché retenu, européen en l’occurrence alors que marché est désormais mondial et que nos concurrents ne s’embarrassent pas de telles règles.

Mais l’autre question en France est de savoir si l’avenir de notre industrie passe systématiquement par son rachat par des concurrents, fussent-ils européens ?

En l’occurrence, ce projet de fusion avec Siemens était totalement étranger à la stratégie de l’entreprise en 2014. Le rachat de la branche énergie étant précisément présenté comme devant permettre à Alstom ainsi délestée de devenir un « leader mondial de la mobilité », bénéficiant de bons fondamentaux, d’un marché porteur, et d’un carnet de commande plein jusqu’en 2030.

Alstom n’est face à aucune urgence. La menace du chinois CRRC fait partie de ces fables que l’on sert à l’opinion quand on veut lui imposer à tout prix une solution. On savait dès 2012 que cette fusion poserait des difficultés en matière de droit de la concurrence et que ce projet menacerait 2500 emplois en raison des doublons. Alstom peut avoir d’autre projets industriels que celui de se faire absorber, notamment des projets de coopération, comme elle le fait par exemple avec Bombardier, sur le RER-Nouvelle génération. On nous vendait un « Airbus du rail », mais Airbus est né d’une coopération intergouvernementale, pas d’une de ces fusions-acquisitions jugées d’autant plus pertinentes qu’elles réduisent les « doublons » et ferment des sites de production !

Le PDG d’Alstom, Henri Poupart Larfage l’a déclaré lui-même aujourd’hui : Alstom dispose de « tous les atouts » pour continuer à se développer et à « saisir des opportunités »; précisant que le groupe n’avait pas « de plan B » et « n’avait pas besoin de relancer dans l’immédiat un projet de même nature ». »